Dernière journée de ce Main Square Festival, avec des conditions météo qui auront empiré de jour en jour.

En effet, en ce dimanche et 4ème jour de festival, c’est un véritable déluge qui s’abat en continu sur Arras depuis le début de l’après-midi. Ajoutons à cela la fatigue accumulée au cours des 3 jours précédents, et cela nous donne des festivaliers qui arrivent au compte-gouttes.

Dommage pour Pink Falda, lauréat du tremplin régional 2014, qui ouvrait la journée sur la green room. Le batteur réchauffé, pieds nus et en tunique bleue, nous accueille avec le sourire, nous salue, et n’oublie pas de dire bonjour à sa mère apparemment présente dans le public. « Salut Arras, ça roule ? Ca mouille ? Merci d’être là, nous aussi on est ici depuis trois jours, mais on est enfin au sec ! On va essayer de vous réchauffer maintenant ». Le son du groupe est un peu brit pop, ça effleure le ska parfois. Les fans sont bien présents devant, mais la pluie rend vraiment le démarrage de cette journée difficile.

Sur la Main stage, Keziah Jones indique au public clairsemé : « On va essayer une chanson qui va arrêter la pluie ». Peine perdue. Il fait tellement froid et humide que les boîtiers techniques fument avec l’évaporation.

On ne sait pas si la Suédoise Nina Nesbitt est plus habituée à ces conditions météo, mais elle ne semble pas dérangée par la pluie et les 15° extérieurs, et monte sur scène en mini-short. Avec la fin du concert de Keziah Jones, un public plus nombreux rejoint la green room et patauge dans la gadoue. Nina Nesbitt demande au public de lever les parapluies bien haut le temps de les filmer avec son téléphone, puis est prise d’un fou rire pendant un de ses titres à cause du public. L’ambiance est bon-enfant. Mais le vrai démarrage de la journée va se faire dans un instant sur la grande scène voisine.

En effet, Rodrigo y Gabriela entrent en piste. Pari ultra risqué pour le Main Square festival que de proposer en milieu d’après-midi un duo de guitares latino venu jouer des compositions instrumentales. Et pourtant pari gagné grâce à l’énergie incroyable de Rodrigo Sánchez et Gabriela Quintero. Si les deux paraissent minuscules sur cette scène gigantesque, leurs prouesses techniques et leurs sauts de cabris en bord de scène sont bel et bien énormes. On retiendra la reprise du Creep de Radiohead où, une fois n’est pas coutume, Rodrigo passe au micro pour une version chantée, ou ce moment où Rodrigo nous fait un morceau avec une bouteille de bière en guise de bottleneck. Le public a l’impression de recevoir un peu de soleil mexicain en attendant celui du Nord. Ca fonctionne presque puisque la pluie semble un moment s’arrêter. Avant de reprendre.

Changement d’ambiance avec James Arthur sur la green room qui semble avoir acquis à sa cause tout un public adolescent qui hurle et chante à tue-tête. Les spectateurs sont enfin arrivés à la Citadelle d’Arras si on en croît la densité de la foule. « Vous êtes hardcore d’être là malgré la météo » lancera le chanteur.

The Parov Stelar Band sont sur le point d’arriver sur la main stage avec l’immense privilège d’attaquer un concert sans pluie. C’est le début d’une nouvelle phase de ce jour 4 : peu à peu les nuages s’écartent et font place à un soleil généreux et bienvenu pour réchauffer des festivaliers transis par le froid et l’humidité. Les sourires reviennent et des séances de « free hugs » s’organisent dans la foule. En attendant le groupe, les photographes présents devant la scène interpellent la foule qui joue le jeu et lève les bras en guise de réponse ravie.

Le groupe profite des conditions météo pour attaquer fort (« nous sommes ravis que la pluie s’arrête pour que nous puissions commencer à faire la fête ensemble » lancera la chanteuse du groupe en anglais). Le son electro swing du groupe tombe à pic et fait danser l’esplanade, trop contente de se réchauffer.

Quand vient le tour de Girls in Hawaii sur l’autre scène, un public de connaisseurs s’est massé dans le jardin boueux de la green room. Comme sur toute la tournée en cours du groupe belge, les spectateurs montrent leur plaisir de retrouver un groupe disparu des scènes pendant plusieurs années suite au décès accidentel d’un des membres. Les Girls in Hawaii sont connus pour prendre le temps de raconter beaucoup d’histoires entre les morceaux. Ce ne sera pas trop le cas ici, le groupe préférant une prestation compacte et efficace, allant piocher à parts égales dans leurs trois albums. Antoine, un des chanteurs, prendra tout de même le temps de souhaiter un joyeux 10ème anniversaire au Main Square Festival et d’évoquer ses souvenirs de spectateur lors d’un des passages de Pearl Jam.

En fin de concert, il invitera l’ensemble du public à foncer voir Détroit qui débute son set sur l’autre scène. Bertrant Cantat est plutôt ovationné. Toujours engagé, il prendra le temps d’évoquer la question des intermittents du spectacle et la solidarité du groupe avec leur action. Détroit s’autorise la reprise de quelques chansons phares de Noir Désir, emportant le public notamment sur un Tostaky plus qu’énergique. 

La sensation du jour, au-delà de la prestation de M, attendue par toute la Citadelle, viendra sans doute de London Grammar. De mémoire de festivalier de Main Square Festival, on aura rarement vu une foule aussi dense devant la green room. Même les équipes techniques se massent à proximité de la scène, dans un passage réservé aux véhicules, obligeant la sécurité à intervenir pour leur demander de se déplacer. Sur scène, London Grammar répond au centuple aux attentes que les spectateurs ont placé en eux : son impeccable (c’est suffisamment rare en festival pour être noté), morceaux subtilement réorchestrés par rapport aux versions studio, voix envoûtante, assurément un grand moment pour les nombreux fans de ce groupe anglais promis à un bel avenir (qui avouera ne pas encore être très habitué à ce genre de grande scène).

 Vient alors le temps fort de la soirée avec le concert de -M-, donné dans le soleil se couchant derrière la Citadelle d’Arras. Sans le moindre doute, Matthieu Chedid et ses musiciens sont (re)venus au Main Square Festival pour se faire plaisir et partager ce plaisir avec tout un festival qui n’en méritait pas moins pour son 10ème anniversaire. Au programme : morceaux fleuves avec solos instrumentaux sans fin (et quels solos !), chorégraphies incluant la participation d’un public plus que consentant, jeux de lumières impressionnants ou encore utilisation par M d’une guitare tactile assemblée autour d’une célèbre tablette. Le tout construit autour des plus grands tubes de M. On en ratera la prestation du DJ Bakermat dont on espère qu’il ne nous en voudra pas trop.

La fête aurait pu s’arrêter là. C’était sans compter sur le DJ set de David Guetta, venu faire bouger une dernière fois les festivaliers. L’homme prévient d’entrée : « mon dernier passage au Main Square Festival est un de mes meilleurs souvenirs. Pour remettre ça il faut que vous soyez au niveau cette année ! » Côté mise en scène, David Guetta est perché en haut d’un énorme cube de 4 à 5 mètres de haut placé au centre de la scène. Autour, des projecteurs de fumée, de confettis et des lance-flammes. En toute simplicité. Et nul doute que David Guetta aura été satisfait de la réponse du public qui jettera ses dernières forces pour clôturer en dansant ce Main Square Festival.

Rendez-vous pour la 11ème édition ?

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