Ils sont lycéens, étudiants, chômeurs, réfugiés, salariés… Pendant six mois, 16 jeunes de la métropole lilloise ont participé à un projet mené par le Théâtre du Nord autour de leur vie et de leur adolescence. Au final, un spectacle beau et fort en émotions.

« Ce n’est pas parce qu’on est jeune et qu’on n’a pas beaucoup vécu, qu’on n’a rien à dire« , affirme Manon, 19 ans, à l’issue d’une répétition de quatre heures au Théâtre du Nord. Manon fait partie des 16 jeunes qui ont participé au projet « 2017 comme possible ». « L’objectif est de monter un spectacle avec eux, sur la base de ce qu’ils ont à dire, explique Didier Ruiz, metteur en scène aux manettes du projet. Pour moi, c’est important d’accompagner ces jeunes jusqu’à cette éclosion. »

« Ce qu’on a fait ici est complètement différent de ce qu’on apprend quand on fait du théâtre, poursuit Manon. Ici c’était un partage, c’est vraiment une chance de pouvoir s’exprimer sur un plateau et de pouvoir être entendus. Dans la société, on a toujours l’impression qu’on n’a pas assez d’expérience ».

« Ne pas jouer un rôle« 

Pendant six mois, de novembre 2016 à avril 2017, les 9 filles et 7 garçons sélectionnés (sur 75 candidatures) ont participé de manière régulière et engagée à la construction du spectacle « 2017 comme possible ». « Pendant une longue période, à chaque séance on faisait un travail physique avec Tomeo un chorégraphe, et un travail sur la voix avec Céline, une comédienne, raconte Margot, 17 ans. Ensuite, on nous posait des questions et on répondait avec des vraies réponses. C’était des questions intimes. Peu à peu, on a appris à se connaître et on a dit des choses qu’on n’arrivait pas à dire ».

« Je leur demande d’être eux, de ne pas jouer un rôle, confirme Didier Ruiz. Ils expriment beaucoup d’attentes, de rêves, mais aussi une angoisse profonde sur leur devenir, leur peur de ne pas réussir et de passer à côté de leur jeunesse ».

« Non, je ne suis pas encore adulte« 

« Suis-je adulte ? » se demande Foucault sur scène. « Le matin je reste dans mon lit sous ma couette, donc non, je ne suis pas adulte ».  « J’ai envie d’autonomie, mais je sais que j’ai encore beaucoup besoin de mes parents, » se confie Louise. Aboubacar, jeune réfugié guinéen de 17 ans chante dans la langue de son pays l’histoire d’un jeune homme « qui a besoin qu’on lui tende la main », et conclut que « s’il n’y avait pas la mort, la vie n’aurait aucun sens. » « L’amour, c’est des hauts et des bas, comme la vie », répond Toinon, comme en écho.

 « Ça t’aide à te dépasser« 

« C’est comme si je montais sur scène pour la première fois, parce que c’est basé sur mon vécu, raconte Maxime, 21 ans, qui fait du théâtre depuis dix ans. Quand tu as un texte et une mise en scène, tu peux te reposer dessus, c’est comme une barrière de sécurité au bord d’un précipice. Là, tu ne l’as pas, parce que ça se base sur toi, ça t’aide à te dépasser ».

« Pour moi ,il y aura un avant et un après ce projet, confirme Alexandre, 18 ans. Je me suis exploré en tant que personne, cela m’a permis de m’affirmer. Moi qui suis très sensible, je me suis ouvert. Je trouve cela génial qu’une telle expérience me soit arrivée ».

En pratique

2017 comme possible
Mise en scène Didier Ruiz
Production La compagnie des Hommes, avec le Théâtre du Nord
À voir encore ce vendredi 28 avril à 20 heures à la Maison Folie de Wazemmes, 70 Rue des Sarrazins, 59000 Lille
Téléphone : 03 20 78 20 23
Entrée gratuite, sur réservation.

Partager sur