Du 22 au 26 mars, au Touquet (62), a eu lieu la 24e édition du Figra, le Festival international du grand reportage d’actualité et du documentaire de société. Aux côtés du jury officiel, et en partenariat avec la Région Hauts-de-France, un jury jeunes, composé de 10 lycéens et apprentis passionnés de cinéma et venus de toute la région,a remis un prix parmi les 18 films de la compétition internationale plus de 40 minutes.
Sofiane Kohen était l’un des membres du jury jeunes de cette année. Voici son témoignage sur cette expérience inoubliable.

« Ressentir. Ressentir. Ressentir encore et encore pendant quatre jours. Avant que toute cette aventure ne commence, on se disait que rester sur un fauteuil durant cinq heures allait être dur, que peut-être on ne s’entendrait pas ou que les lits ne seraient peut-être pas assez confortables. Mais la réelle difficulté n’était pas là. Ce qui allait être le plus éprouvant durant ces quatre jours, c’est ce que je me suis trouvé à appeler la « fatigue émotionnelle ».

En se trouvant dans cette salle de projection, on se retrouve immergé. Ce n’est pas comme dans son canapé, avec un petit écran. Là, impossible de faire autre chose que de porter son attention sur ces films. Chacun d’entre eux est un concentré d’un peu plus de quarante minutes d’une intensité remarquable. Un objet de prise de conscience qui doit convaincre dans un court laps de temps ce qui peine à se faire entendre.

Un jour j’ai entendu: « Au quotidien on a l’impression de se tenir au courant, mais finalement on est emprisonné par ce même quotidien ». Quand je dis un jour, je veux dire ce samedi 25 mars durant la 24e édition du FIGRA. Le FIGRA est une cloche qui libère du quotidien, et ouvre les pores sur d’autres mers, d’autres horizons. D’autres problèmes.

Cinq films par jour. Cinq émotions. Cinq voyages.
Cinq claques.
Mais qui dit claque n’oublie pas la douleur qui va avec. Douleur qu’il faut absorber. Qui met du temps avant de s’estomper.

Enchainer tous ces dix-huit films sans pouvoir absorber la force du coup asséné, c’est peut-être ça finalement le plus dur. Bien des films traitaient de sujets pas faciles. Des sujets qui auraient peut-être demandé qu’on puisse prendre le temps de digérer. La première réaction c’est la sensation d’impuissance. Dur de relativiser lorsque l’on voit que tellement de choses vont mal. Mais paradoxalement, voir autant de films fini par nous immuniser contre cette impuissance. Ça ouvre les pores de la conscience. On est totalement conscients. Tout est dur. Mais finalement voir tous ces films d’un seul coup, c’est comme lire un gros livre en quelques jours. C’est une expérience intense qui a renforcé la certitude qu’en agissant ensemble, on peut déplacer des montagnes.

Bien souvent nous avons craqué. Eu des coups de cœur. Pleuré, souri. Dormi aussi. La fatigue émotionnelle était là. Nous étions privés de notre faculté d’encaisser les évènements. Mais n’était-ce pas pour le mieux ? N’est-il pas mieux de ne pas réussir à encaisser pour prendre conscience réellement ? Se prendre une claque pour définitivement comprendre que quelque chose ne va pas ?
La fatigue émotionnelle nous a aidé à développer le recul. La fatigue émotionnelle nous a aidé à développer des liens. Elle nous a également aidé à réagir. Et à réfléchir sur les moyens qu’on peut se donner dans la vie.
Aujourd’hui je suis fatigué émotionnellement. Mais demain je serai prêt à agir. »

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